Auditorium Joseph Kosma 18 h 30 – Conservatoire de Nice – Acousmonium 40 haut-parleurs + 48 Modules Pré.

Elektronizza est né il y a dix ans de la rencontre entre recherche artistique, pédagogie et innovation technologique, au Conservatoire de Nice dans le cadre de l’IDEX (Initiative d’Excellence) Université Côte d’Azur. Pensé comme un laboratoire consacré aux nouvelles lutheries numériques, le projet n’a cessé, depuis ses débuts, d’explorer les formes contemporaines de création musicale et les nouvelles relations entre geste, instrument et technologie.
Au fil des années, concerts, expérimentations et créations collectives ont permis aux étudiant.es et aux élèves des établissements partenaires de présenter des œuvres inédites, témoignant de la vitalité d’une jeune scène électroacoustique en constante évolution. Aujourd’hui, Elektronizza franchit une nouvelle étape en prenant la forme d’un festival construit par les étudiant.es, affirmant ainsi une dynamique de transmission, de recherche et de professionnalisation.
Musiques acousmatiques et mixtes, performances, improvisations et dispositifs numériques immersifs dialoguent dans un parcours dédié à la jeune création contemporaine. Cette édition met particulièrement en lumière les travaux issus des résidences de création menées avec les Écoles Supérieures d’Art partenaires — la Villa Arson à Nice (Professeurs Pascal Broccolichi, Jean-Louis Paquelin, Augustin Soulard) et le Pavillon Bosio à Monaco (Professeur Damien Sorrentino) — l’atelier ElectroLab d’UniCA Culture — et une œuvre composée par la jeune compositrice iranienne Hanna Mesgari dans le cadre du programme Développement de Carrières SACEM–3IMC.
Le festival donne également à voir et à entendre les expérimentations conduites dans le cadre du projet IMAdapt (Interfaces Musicales Adaptées –Académie 5 UniCA), réalisées avec le FAM Méditerranée (Foyer d’Accueil Médicalisé), le Collège Jean Rostand (dispositif Cordées de la Réussite) et l’école primaire de La Croisette (Cannes). À travers ces collaborations artistiques, pédagogiques et inclusives, Elektronizza affirme sa volonté d’ouvrir de nouveaux espaces de création, où innovation technologique, exigence artistique et partage des savoirs participent d’une même ambition : inventer les pratiques musicales de demain.
1 Plouf !
Sandrine Zegers · Pour dispositif Pré
Avec les élèves de CM2 de l’école de la Croisette, Cannes

2 Jeux de modes — Sur la pointe des doigts · Tiges au vent
Léonard Delor · Pour orchestre pédagogique à cordes et sons fixés
Direction : Élise Heinisch — Violons : Anas Ben Farhat, Czaedee Llave, Nasria Youssouf — Altos : Kristina Airapetian, Sarah Ben Hassine, Benbayoud Ayoub, Maya Ouwe Bayayen — Violoncelles : HeyaAbdallah, Amrouni Amine, Lucie Coste — Contrebasses : Aws Akoub, Ahmed Ayadi · Collège Jean Rostand · Dispositif Cordées de la Réussite
3 Saxescape
Michel Pascal · Pour saxophone et sons fixés
Léo Navarro, saxophone alto — Professeur Alberto Chaves Zamora

4 Traversées suspendues
Gino Mariotti · Pour percussions numériques
Maxime Giordana, Loris Tardevet, Dimitri Nicolas Arqués, Oscar Maillot Juillet, Gabriel Labarthe, Mathilde Gianorsi, Louis Gianorsi, Virgile Marro — Professeur Christophe Perez

5 Prendre corps
Élise Heinisch · Pour cor, piano, percussions et modules Pré
Arthur Santoni, cor · Malo Monsaingeon, piano · Zack Comte, percussions — Professeurs Charles Reydellet, Stephanos Thomopoulos, Raphaël Aggery
6 Pour un cyprès qui voulait être une chanson
Hanna Mesgari · Pour alto et sons fixés
Yona Zekri, alto · Dispositif de développement de Carrières – Musiques de Création Contemporaine SACEM–3IMC
7 伐 (Fá) — Le chant des Katanas
Sheng Yang · Pour orchestre numérique pédagogique
Composition : Sheng Yang et les élèves de l’option « orchestre numérique » du Collège Jean Rostand.
Direction : Élise Heinisch — Interfaces numériques : Assia Benkalaïa, Matteo Bouron, Adam Gasmi, Riham Ghandour, Varak Gharbet, Abd-elrahman M’Barek, Luna Magnet, Clovis Morlet, Charles Noguer, Talel Saadi, Louise Tassa Gay, Nesrine Toumi, Yasmine Toumi · Dispositif Cordées de la Réussite

N O T I C E S D E S Œ U V R E S
Plouf ! – Sandrine Zegers
C’est dans un contexte scolaire que s’inscrit cette pièce. Un départ onirique, poétique — l’évasion d’un élève qui, comme dans la page d’écriture de Prévert, s’envole vers d’autres horizons. Les captations sonores enregistrées par les élèves de CM2 de l’école de la Croisette à Cannes ont emprunté un chemin vers la plage du Mouré Rouge. L’imagination des enfants s’est poursuivie lors de la création sur le logiciel.
Sandrine Zegers est Professeure intervenante en milieu scolaire du Conservatoire de Cannes. Elle cultive l’idée de détourner les petites sphères sonores qui l’entourent. L’itinérance l’oriente vers l’école, les enfants, leurs découvertes et inspirations. Au fil du temps, c’est un partage musical qui grandit, s’étoffe, s’affine et s’expérimente.
Jeux de modes – Léonard Delor
Piece pédagogique en deux mouvements, cette création explore une variété de modes de jeux exploratoires sur les instruments, le tout accompagné d’une bande sonore électroacoustique. Le projet a comme objectif d’offrir un apprentissage instrumental à des musiciens débutants en leur proposant un langage simple, abordable mais exigeant. Pour nourrir la bande son les élèves ont été enregistrés au collège au fil des répétitions. Le premier mouvement Sur la pointe des doigts exploite essentiellement le pizzicato au travers de jeux de nuances, de dialogues d’arpèges. Dans le deuxième mouvement, Tiges au vent, c’est l’archet qui prend la parole : glissandi, liaisons, frottements et grincements. La pièce ici proposée relève d’une démarche à la fois pédagogique et artistique. Les motifs ont été adaptés aux possibilités des élèves et afin que chacun trouve sa place dans une construction sonore commune. Non contents de s’engouffrer en toute hâte dans les méandres de l’apprentissage des instruments à cordes frottées, c’est avec un appétit et une curiosité précieuse que ces jeunes musiciens ont plongé dans le langage de la musique contemporaine.
Formé en contrebasse au Brésil, Léonard Delor a pris goût à la composition électroacoustique en intégrant le Conservatoire de Nice. Membre du collectif niçois 6.5.
Saxescape – Michel Pascal
Souffles, notes, vibratos, multiphoniques et percussions de clés se faufilent, s’échappent et se cachent dans la petite forêt électronique. Le saxophone réussira-t-il à les rattraper ?
Traversées suspendues – Gino Mariotti
Traversées suspendues explore les relations entre énergie gestuelle, résonance et transformation numérique à travers un ensemble de percussions électroniques composé de taïkos numériques, de surfaces de frappe hybrides et de claviers percussifs. Entre écriture, interaction et improvisation, la pièce met en circulation différentes couches de temporalité : impulsions fragmentées, déphasages, masses rythmiques et résonances prolongées façonnent une matière sonore en constante mutation. Les percussionnistes y développent un rapport physique au son où le geste ne se limite plus à l’impact, mais devient trajectoire, tension et prolongement du corps dans l’espace électronique. Dans Traversées suspendues, les traces du geste circulent, se superposent et se prolongent dans un espace mouvant où pulsation, mémoire et énergie collective se confondent.
Gino Mariotti est compositeur, musicien-interprète et doctorant en recherche-création à l’Université Côte d’ Azur – EUR CREATES. Son travail explore les pratiques de la musique électroacoustique, les nouvelles lutheries numériques et les relations entre geste instrumental, improvisation et technologie. À travers ses créations, il développe une approche où instruments numériques, écriture musicale et interaction en temps réel deviennent les éléments d’
un même espace de jeu et d’écoute.
Prendre corps – Élise Heinisch
Pièce mixte en trois mouvements, Prendre corps suit une trajectoire vers l’élocution jalonnée d’instabilités, de blocages et de relances. Elle prend appui sur le bégaiement vital formulé par Gilles Deleuze, en résonance avec le travail poétique de Gherasim Luca. Le bégaiement n’y apparaît pas comme un défaut, mais comme une force interne du langage : puissance de transformation fragile et expressive. La pièce se construit au cœur de cette tension, en poétique de la frustration. Des tentatives de construction émergent, des figures se dessinent, se cherchent, se stabilisent brièvement avant de se fissurer, se fragmenter, se dérober. Chaque geste instrumental, chaque émergence de motif ou de mode de jeu spécifique ouvre un espace d’exploration et de reformulation face au blocage, dans l’attente d’un écoulement fantasmé de la phrase, sans cesse différé. Le recours au hoquet, forme précursive du contrepoint au Moyen Âge tardif, nourrit cette pensée qui construit de la continuité dans la discontinuité. Fondé sur la distribution d’une ligne mélodique entre plusieurs voix, ce principe trouve aussi un écho dans les pratiques collectives des pygmées Aka d’Afrique centrale, où la construction musicale repose sur une interdépendance fragmentaire. L’électronique, diffusée sur un dispositif de 10 à 22 modules Pré répartis autour des musiciens et dans la salle, prolonge l’orchestration. Les sons, issus d’enregistrements des interprètes puis transformés, circulent, hoquettent, se démultiplient, brouillant parfois les sources et élargissant l’espace acoustique. Les fragments vocaux proviennent des récitations de Luca lui-même. Prendre corps donne alors forme à une parole entravée, traversée de frustrations mais irréductiblement en devenir : la poésie d’une parole qui trébuche, insiste, parfois s’épuise, jusqu’au point de bascule où tout se précipite.
Formée à l’Université Paris-Sorbonne en ethnomusicologie et agrégée de musique, Élise Heinisch enseigne aujourd’hui dans le secondaire ainsi qu’à l’Université Côte d’Azur. Doctorante en musicologie à l’Université Paris-Saclay, elle mène depuis plusieurs années des projets de création en orchestre numérique pédagogique et cible ses recherches sur les gestes instrumentaux associés au développement de la créativité. Également chanteuse et compositrice en électroacoustique, elle développe un langage musical nourri par la diversité de ses influences et de ses pratiques interdisciplinaires où le geste sonore dialogue avec les formes artistiques et les pensées contemporaines.
Pour un cyprès qui voulait être une chanson – Hanna Mesgari
Cette pièce a pris forme durant les journées de manifestations de janvier 2026 en Iran, des jours où j’étais loin de l’Iran, mais où mon esprit et mon cœur accompagnaient à chaque instant celles et ceux qui, dans la rue, ont crié pour nous tous, des jours où les rues portaient le deuil de milliers de vies perdues. Au cœur de cette lourde douleur et de cette colère contenue, quelque chose ne cessait de brûler en moi, une colère que je croyais parfois éteinte pour un instant, mais qui des profondeurs de mon être, se remettait à flamboyer. Pour les milliers de vies perdues lors des manifestations de janvier 2026. Pour les enfants de l’école de Minab tuées un mois plus tard seulement, au cœur de la guerre Pour un cyprès qui voulait être une chanson, ce cyprès qui dans la littérature persane est le symbole de la liberté, de la résistance et de l’éternité.
Hanna Mesgari (née en 1998 à Téhéran) est musicienne et compositrice iranienne. Formée d’abord à la musique iranienne et au setar à l’Université de Téhéran, elle poursuit actuellement des études en composition électroacoustique au CRR de Paris auprès de Paul Ramage et Jonathan Prager, ainsi qu’en composition instrumentale avec Karl Naegelen. Son travail explore les liens entre musique iranienne, spatialisation et création contemporaine. Ses œuvres ont été présentées dans plusieurs festivals, notamment Supersonique, JNME, NIMFA, ainsi qu’en Norvège et en Allemagne.
伐 (Fá) — Le chant des Katanas – Sheng Yang
Quand le mot extrême-oriental Fá sera crié par le général Bande Son, des soldats imaginaires attaqueront. Mais attaquent-ils ? Leurs armes : des katanas numériques, leurs sons : poisons ou remèdes ? Fruit du travail de toute une année, de la prise de son au choix du thème et à la composition, les voix encourageantes se transforment grâce à la programmation de prototypes. Les gestes instrumentaux déclenchent des objets sonores électroacoustiques pensés par les élèves eux-mêmes. Dans l’idée d’une guerre perdue d’avance, ces élèves créatifs de 3e du collège Jean Rostand proposent ici leur interprétation des modes de jeu expressifs sur dispositifs innovants programmés et co-composés avec Sheng Yang et sous la direction artistique et pédagogique d’Elise Heinisch. Dans une réflexion chantée sur le conflit et le mirage d’une paix insaisissable, les élèves déploieront, dans ce combat fictif, un message intime et collectif, porté par une créativité nourrie de rencontres et de débats artistiques. Ainsi est né Fá, le chant des katanas.

Ce festival est entièrement réalisé par les étudiants de la classe de composition électroacoustique du Conservatoire à Rayonnement Régional de Nice et des institutions partenaires.
Les œuvres présentées sont des créations originales des compositeur·ice·s, produites dans le cadre de leur formation en composition électroacoustique.
Directrice du Conservatoire de Nice : Clarissa Severo de Borba
Équipe pédagogique en composition électroacoustique : Gaël Navard, Damián Gorandi, Monica Gil Giraldo, Patrice Colet, Camille Giuglaris, Michel Pascal, Sheng Yang
Équipe technique auditorium : Alain Sallaberry, Yannick Denizet, Ulysse Bedouet, Lenny Gauthier
