Giorgos Koumendakis, Cinq pièces pour piano (2004-2017)
Zosha Di Castri, Sprung Testament pour violon et piano (2017)
Edvin Ljubijankic, La Chute de la maison Usher pour violon et piano [Cine-concert] (2026)
Karlheinz Stockhausen, Kontakte pour piano, percussion et bande 4 pistes (1958-60)
Stephanos Thomopoulos, piano (*)
Violaine Darmon, violon (*)
Daniel Ciampolini, percussion
José Santoro, projection du son, master en musique électroacoustique
(*) Ensemble Mêtis
Giorgos Koumendakis
Les cinq pièces réunies dans ce programme donnent un aperçu resserré de l’univers pianistique de Giorgos Koumendakis. Les quatre premières appartiennent au cycle Désert méditerranéen, ensemble de miniatures inspirées par la faune et la flore de la Méditerranée. Seule Mantinada pour piano constitue une œuvre indépendante.
Dans Désert méditerranéen, Koumendakis ne cherche pas à imiter littéralement les animaux, mais à transposer en musique leurs mouvements, leurs comportements et jusqu’à une forme de psychologie imaginaire. Dans La Girelle commune, l’agilité et les couleurs du poisson donnent naissance à une écriture lumineuse et virtuose, où l’humour se mêle à la mélancolie, comme dans une chanson enfantine entendue sous l’eau. Beaucoup plus brève, La Mouche concentre une énergie nerveuse et obstinément rythmique. Son articulation incisive et la netteté de ses motifs renvoient à l’écriture baroque pour clavier, notamment à Bach et à Scarlatti.
La Larve et le Papillon de nuit de L. van B. déploie, dans une écriture dénudée d’une grande simplicité, une profondeur plus secrète. Les initiales du titre désignent Ludwig van Beethoven, dont le langage dépouillé des dernières œuvres traverse la pièce comme une mémoire lointaine. Sa fragilité et son intériorité sont également traversées par une mélancolie discrètement grecque.
Composé à l’origine pour la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques d’Athènes en 2004, puis intégré au cycle Désert méditerranéen, Le Couple quitte le monde animal pour évoquer le lien entre deux êtres. En un peu plus d’une minute, la pièce dessine un chant intime d’une grande économie de moyens, dont la mélancolie peut rappeler l’univers de Manos Hatzidakis.
Composée en 2016, Mantinada pour piano puise directement dans la tradition orale crétoise. La mantinada est une forme poétique destinée à être chantée ou récitée. Dans cette œuvre, le pianiste prononce le texte écrit par le compositeur tout en jouant : la voix et le piano suivent leurs lignes respectives et se superposent pour former un récit polyphonique. Dédiée à Stéphanos Thomopoulos, la pièce a été créée par celui-ci en 2017.
De la miniature animale à la mémoire de Beethoven, de l’écriture baroque à la chanson et à la poésie crétoise, ces cinq pièces montrent comment Koumendakis transforme des références très diverses en un langage immédiatement personnel.
Giorgos Koumendakis est un compositeur grec originaire de Crète.
Il a appris le piano et l’accordéon et a étudié au Conservatoire d’Athènes. Il s’est ensuite fait remarquer à la Biennale de Venise, en 1985. Il a notamment reçu le soutien de György Ligeti et collaboré avec l’Ensemble Intercontemporain dès 1987. En 1992 il obtient le Prix de Rome. En 2004, il réalise le concept musical des cérémonies d’ouverture et de clôture des Jeux Olympiques d’Athènes. Sa musique est jouée par de nombreux ensembles, comme par exemple le Kronos Quartet, pour lequel il compose en 2008. Il mène parallèlement les activités de compositeur et de directeur artistique à l’Opéra National de Grèce.
Giorgos Koumendakis, born in Rethymno, Crete, in 1959, is one of the most gifted and versatile Greek composers. Apart from his numerous pieces of symphonic and chamber music, a large part of his artistic career has been devoted to composing music for the performing arts (theatre, cinema, dance, opera, installations).
He has composed and presented four operas, among which stands out the two-act opera The Murderess (2014, to a libretto by Yannis Svolos, based on Alexandros Papadiamantis’ ‘social novella’ under the same title). Commissioned by the Greek National Opera, this work combines the Greek musical tradition with the genre’s contemporary European identity.
Koumendakis’ distinctions date back to 1985, when he was chosen by György Ligeti to compose Symmolpa V. A few months later, he participated in the Venice Biennale. In 1987, he collaborated for the first time with the renowned French ensemble for contemporary music ‘Ensemble InterContemporain’, thus inaugurating an international career that led, in 1992, to the Prix de Rome, an honorary scholarship entailing a year of creative residency at the French Academy in Rome (Villa Medici).
In the same year began his long-standing collaboration with choreographer-director Dimitris Papaioannou and the ‘Edafos Dance Theatre’, which culminated in the opening and closing ceremonies of the Athens 2004 Olympic Games, where Koumendakis served as music director, composer, and author of the musical scenario.
He has collaborated with leading figures in the fields of theatre, opera, and dance, such as Karolos Koun, Stefanos Lazaridis, Yannis Houvardas, Roula Pateraki and Rallou Manou.
He has also served as artistic director of the ‘Nikos Skalkotas’ ensemble, the ‘Kyklos Ensemble’, and the Rethymno Rennaissance Festival, as well as the artistic programme manager for the Cultural Foundation of Tinos.
His works have been performed throughout the world, at prestigious concert halls and opera houses like the Salle Olivier Messiaen, Théâtre de l’Archevêché, Teatro La Fenice, Alte Oper, Benesse Museum (Naoshima), Concertgebouw (Amsterdam), Purcell Room, Wigmore Hall, Carnegie Hall, Forbidden City Concert Hall (Beijing), Muziekgebouw aan’t IJ (Amsterdam), Auditorio Nacional de Música (Madrird), Clarice Smith Performing Arts Center (Maryland), Piccolo Teatro (Milan) and the Guarnerius Art Centre (Belgrade).
From 2015 to February 2017, he worked as artistic programme manager of the Greek National Opera’s Alternative Stage, planning innovative programmes and productions based on artistic, educational, and social criteria. Since February 2017, he has remained the longest-serving Artistic Director of the Greek National Opera. In 2023, he was appointed Minister of Culture and Sports in the caretaker government of Ioannis Sarmas, and in 2025 he was awarded the honorary title of Honorary President of the Greek Composers’ Union.
Avec Sprung Testament, la compositrice canadienne Zosha Di Castri met également son travail en dialogue avec l’histoire musicale. La pièce a été conçue comme un compagnon de la sonate « Printemps » de Beethoven. Son titre réunit la vitalité du printemps et le testament d’Heiligenstadt, la lettre dans laquelle Beethoven exprime son désespoir face à sa surdité croissante, ainsi que sa détermination à surmonter cette épreuve et à remplir sa mission artistique. Sprung Testament prend la forme d’une sonate en trois mouvements, non conventionnelle. Le premier mouvement déploie de manière expansive, une matière riche en transformations et contrastes. Le second s’ouvre dans un espace lent et contemplatif avant de s’orienter vers un climax dramatique puissant—l’aboutissement de l’œuvre dans son ensemble. Le troisième mouvement, beaucoup plus court, libère une énergie ludique et stimulante. Travaillant à partir d’une écriture instrumentale méticuleusement notée, Di Castri élargit les possibilités conventionnelles du duo. Elle utilise plusieurs techniques étendues du piano et introduit deux instruments à percussion, le flexatone et le vibraslap, enrichissant encore la palette sonore de l’œuvre.
With Sprung Testament, Canadian composer Zosha Di Castri likewise places her work in dialogue with musical history. The piece was conceived as a companion to Beethoven’s “Spring” Sonata. Its title brings together the vitality of spring and the Heiligenstadt Testament, the letter in which Beethoven expressed his despair at his growing deafness, as well as his determination to overcome this ordeal and fulfil his artistic mission.
Sprung Testament takes the form of an unconventional three-movement sonata for violin and piano. The expansive first movement unfolds a wealth of material, rich in transformations and contrasts. The second opens into a slow, contemplative space before building towards a powerful dramatic climax—the culmination of the work as a whole. The much shorter third movement unleashes a playful, springing energy.
Working from meticulously notated instrumental writing, Di Castri expands the duo’s conventional possibilities. She employs several extended piano techniques and introduces two percussion instruments—the flexatone and the vibraslap—further enriching the work’s sonic palette.
The result is a score brimming with colour, impulse, and rhythm. Its physical energy, sharply defined accents, and lively exchanges between the two instruments can at times evoke the world of Bartókian dance.
Edvin Ljubijankic
Sélectionné pour participer à la NIMAcademy 2026, le jeune compositeur Edvin Ljubijankic a développé cette nouvelle partition sous la direction de Peyman Yazdanian. Cette académie internationale de composition de six mois invite les artistes émergents à explorer la relation entre la musique contemporaine et l’image en mouvement, en abordant des questions de forme, de dramaturgie, de synchronisation et d’écriture instrumentale spécifiques à la performance cinématographique en direct. La Chute de la maison Usher accompagne un extrait du film muet de Jean Epstein de 1928. Sa création marque l’aboutissement d’un processus mené en dialogue avec le mentor de Ljubijankic et les interprètes de l’Ensemble Métis. Pour son adaptation, Epstein s’inspire non seulement de l’histoire d’Edgar Allan Poe du même nom, mais intègre également des éléments du Portrait Ovale, en particulier le motif d’un artiste qui, en peignant un être cher, semble transférer sa vie dans l’œuvre d’art.
Epstein transmet l’atmosphère fantastique de Poe par des moyens nettement cinématographiques. Le ralenti, les superpositions, la caméra mobile, le montage et les décors délibérément irréels perturbent notre perception familière du temps et de l’espace. Le récit prend ainsi la forme d’une rêverie visuelle mystérieuse et oppressive.
La partition d’Edvin Ljubijankic met le violon et le piano en dialogue avec ce monde. Elle crée une nouvelle rencontre entre les images réalisées il y a près d’un siècle et la présence immédiate des deux musiciens sur scène : entre le temps fixe du film et le temps vivant de la performance.
Selected to take part in the NIMAcademy 2026, young composer Edvin Ljubijankic developed this new score under the guidance of Peyman Yazdanian. This six-month international composition academy invites emerging artists to explore the relationship between contemporary music and the moving image, addressing questions of form, dramaturgy, synchronisation, and instrumental writing specific to live film performance. Written for violin and piano, La Chute de la maison Usher (The Fall of the House of Usher) accompanies an excerpt from Jean Epstein’s 1928 silent film. Its premiere marks the culmination of a creative process carried out in dialogue with Ljubijankic’s mentor and the performers of Ensemble Métis.
For his adaptation, Epstein drew not only on Edgar Allan Poe’s story of the same name but also incorporated elements from The Oval Portrait, particularly the motif of an artist who, by painting a loved one, appears to transfer their life into the work of art.
Epstein conveys Poe’s fantastical atmosphere through distinctly cinematic means. Slow motion, superimpositions, mobile camerawork, editing, and deliberately unreal sets unsettle our familiar perception of time and space. The narrative thus takes the form of a mysterious and oppressive visual reverie.
Edvin Ljubijankic’s score places the violin and piano in dialogue with this world. It creates a new encounter between images made nearly a century ago and the immediate presence of the two musicians on stage: between the fixed time of film and the living time of performance.
Karlheinz Stockhausen
Kontakte est une des œuvres majeures aux origines de la musique mixte.
La « bande », qui peut également être présentée sans les instruments, tente de constituer un continuum de timbres avec des moyens électroniques tout en conservant des couleurs sonores connues mais utilisées comme s’il s’agissait d’exceptions, des sons inouïs à l’époque. La plupart, complexes sonores et bruits, ont été obtenus par l’accélération importante de suites d’impulsions à structure rythmique déterminée, grâce aux outils du Studio de musique électronique de la radio de Cologne (WDR). Ils façonnent et expérimentent des phénomènes sonores à structure harmonique complexe (au sens spectral du terme). Ils mettent en jeu brillamment une idée-force de Stockhausen ; que hauteur, timbre, rythme et forme, quatre paramètres fondamentaux de la musique, peuvent être considérés comme différents aspects d’un seul et même phénomène, celui de la vibration, envisagée à diverses échelles de temps.
Une série de « contacts » est ainsi établie entre musique électronique et musique instrumentale. Le piano offre une sorte de transition entre hauteur et percussion, la percussion (métal, membranes, bois) et les sons électroniques, établissent une forme de continuité entre les diverses catégories de timbre. Kontakte, appartient au groupe d’œuvres que le compositeur intitule « Momentform » (œuvres à forme momentanée ou infinie). Une musique dans laquelle seul compte l’instant présent, et dans le déroulement de laquelle on ne peut constater en aucune manière une direction.
Source Ircam, d’après Karlheinz Stockhausen et François Decarsin.
https://brahms.ircam.fr/fr/works/work/12127
Né le 22 août 1928 à Mödrath, près de Cologne, et mort le 5 décembre 2007 à Kürten en Allemagne, Karlheinz Stockhausen est l’un des plus grands compositeurs allemands du XXème siècle. Insatiable explorateur de nouvelles manières de faire, inventeur à la fois iconoclaste et mystique, il laisse sa marque puissante sur la musique de la seconde moitié du siècle, cochant toutes les cases de la création, la recherche et l’expérimentation, tout autant dans le domaine des musiques instrumentales que celui des musiques électroacoustiques et de la spatialisation du son.

Karheinz Stockhausen – Crédits : Erich Auerbach/ Hulton Archive/ Getty Images
